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"Les paradoxes du lithium alsacien" par Marie Lechner

24 Février 2026 - Résumé de conférence

Infrastructure

Ecologie

Numérique

Marie Lechner

Marie Lechner est enseignante, auteure et commissaire d’exposition. Ancienne journaliste pour Libération , elle est maintenant enseignante à l’École supérieure d’art et de design d’Orléans et à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs à Paris. Elle travaille sur une recherche-création nommée « Lithia » sur les enjeux de l’extraction du lithium en Alsace. Cette conférence s'inscrit dans ce contexte. Le dossier de ses recherches est disponible sur le site de la revue Les temps qui restent.

Résumé de la conférence

Marie Lechner a introduit le sujet par un bref historique de l'usage du lithium, le métal le plus léger au monde. D'abord utilisé dans un but curatif pour soigner une forme de dépression comme l'épuisement mental, le lithium est aujourd'hui plus largement utilisé dans les batteries, dont la demande est en hausse pour les voitures électriques, afin de lutter contre les gaz à effet de serre.

Dans le nord de l'Alsace se trouve une zone stratégique avec des gisements de lithium liés à des sources d'eau chaude. La liaison de ces deux éléments a permis aux industriels de proposer un projet d'extraction de "lithium vert" car bien moins impactant que les mines à ciel ouvert qui s'étendent sur de grandes surfaces. Les sources thermales permettent d'utiliser l'eau pour faire remonter le lithium via des puits allant jusqu'à 5 kilomètres de profondeur. Cependant, les forages sont expérimentaux et risquent de provoquer des séismes de plus en plus importants.

Les discours des industriels sont très optimistes, voire presque mensongers, puisqu'ils occultent une partie des risques et des inconvénients des projets de forage, allant même jusqu'à idéaliser le projet par de belles photos et des discours élogieux. Cependant, si le lithium et la géothermie sont présentés comme des alternatives aux énergies fossiles, ils ne viennent en fait que créer de nouvelles activités. Avec la géothermie, les exploitants proposent d'installer un parc industriel et donc d'exproprier les agriculteurs présents, ou encore d'utiliser la chaleur pour faire des serres et produire toute l'année des fruits et légumes d'été ou exotiques. Le lithium est utilisé à 80 % pour des batteries de voitures, mais le modèle lourd de SUV est l'un des plus courants en électrique et consomme beaucoup d'énergie. On constate donc une déconnexion entre la soi-disant volonté d'aller vers un futur décarboné et la réalité de mise en œuvre tournée vers des objectifs économiques dominants.

Cela montre que le progrès technologique est vendu comme une sorte de boîte opaque où l'intérêt du public se limite uniquement à ses performances. Mais, comme tout objet de production, il a une origine : il est issu d'une exploitation avec des conséquences pour les territoires et l’environnement.