"Les inégalités de genre dans l’accès à la visibilité sur YouTube" par Emma Gauthier
9 Avril 2026 - Résumé de conférence
Genre
Youtube
Plateforme
Emma Gauthier
Emma Gauthier est chercheuse associée au Médialab de SciencePo. Cette conférence s'inscrit dans la recherche de sa thèse, soutenue en 2025, « Je n'avais pas conscience d'être une meuf avant d'être sur internet » Une enquête qualitative et quantitative sur les inégalités de genre dans l’accès à la visibilité sur YouTube. Ces sujets de prédilections sont les inégalités de genre et l'usage de l'IA générative sur les plateformes.
Résumé de la conférence
Emma Gauthier a mené une étude à partir de 35 000 chaînes françaises sur YouTube, d'une analyse des recommandations faite par l'algorithme de la plateforme et d'un corpus de commentaires entre vidéos de "Vulgarisation" et de "Lifestyle" pour voir les critiques genrées.
Elle a d'abord remarqué que les femmes sont plus présentes pour les sujets liés à la vie domestique et au care (prendre soin de quelque chose). Les femmes composent seulement 10 % des chaînes du top 100 des vidéastes les plus populaires. Elles ont fait l'objet de programme initié par YouTube pour les aider à combattre les disparités de genre. Cependant, l'impact de ces actions n'a pas été efficace. Emma Gauthier cherche alors à déterminer ce qui manifeste les inégalités de genre sur YouTube.
Les thématiques des chaînes suivent les stéréotypes de genre. Les femmes sont plus représentées pour la vie domestique et sous représentées dans les jeux vidéo, par exemple. Mais les inégalités se font également sur les revenus. Là, la tendance s'inverse. Pour comparer les vidéos, on utilise le RPM (revenu pour 100 vues). Les femmes sont concentrées sur des thématiques à fort potentiel de monétisation et qui sont souvent sponsorisées par des marques. Pour reprendre l'exemple du jeu vidéo, s'il est essentiellement représenté par des hommes, il est très peu monétisé, car il est soumis aux droits d'auteur. Les femmes, au contraire, sont soutenues par des agences et des marques lorsqu'elles parlent de Lifestyle. Cependant, la monétisation via des agences, notamment, entraîne une concurrence des vidéastes féminines qui s'entraide moins. Les femmes ont plus tendance à être isolées et cela participe à leur sous-représentation.
D'un autre côté, les femmes souffrent de limites attribuées à leur genre. L'étude montre qu'elles sont beaucoup jugées sur leur apparence et leur vie personnelle et que beaucoup d'entre elles, d'après les entretiens d'Emma Gauthier, ne se sentent pas capable de supporter une large visibilité notamment à cause du poids de la représentation féminine très codifié (être authentique, un peu fragile, pas carriériste, maquillé mais pas trop, ...).
Emma Gauthier compare ensuite les commentaires de deux genres de vidéos différentes grâce à l'analyse de deux chaînes tenues par des vidéastes féminines : Manon Bril pour la vulgarisation scientifique et Léna Situation pour le Lifestyle. Elle détermine que, dans le premier, les commentaires sont surtout centré sur le contenu et plus négatif, parfois avec des arguments de genre (ils sont surtout écrits par des hommes). Dans le deuxième, les commentaires sont plus concentré sur la personnalité, plus proche et positif (écrits par des femmes), les rappels à l'ordre genrés sur la façon de vivre et les commentaires à caractère misogyne sont essentiellement écrit par des hommes. Les femmes ont tendance à critiquer de manière plus positive que les hommes dans les deux cas. Le genre des commentateurs est représentatif de la niche thématique des vidéos.
Bien que je fus déjà consciente des disparités de genre sur YouTube, l'étude d'Emma Gauthier m'a donné un très bon exemple de démarche pour démontrer ce phénomène. Les stéréotypes de genre de notre société sont reproduits sur YouTube, l'outil numérique n'est pas immunisé envers les phénomènes sociaux globaux. La conception de l'application en elle-même ne permet pas d'endiguer cela. Il y a là, un champ problématique qui pourrait être exploré dans la conception en design d'interface. Est-ce que d'autres modèles de plateforme pourraient diminuer les inégalités de genre par le design ?